SUD Education Solidaires SUD Education 94
Membre de l'union académique SUD éducation, de la fédération SUD éducation et de l'union syndicale Solidaires

1er degré | 2nd degré | Agents | Contractuels enseignants | Interprofessionnel | Les luttes | Les représentant-e-s | Stagiaires | Moyens des établissements | Education prioritaire |

Mobilisation contre la Loi travail : tentative de bilan succinct
Article publié le 17 novembre 2016

Une mobilisation qui a mis du temps à démarrer mais d’une ampleur inédite dans la forme et la durée

Après l’annonce par le gouvernement PS du projet de loi El Khomri visant à détricoter le code du travail les réactions syndicales ont été un peu longues à se mettre en place. Il a fallu attendre qu’une pétition électronique recueille plus d’un million de signatures pour qu’émerge un première date de mobilisation le 9 mars. Entre le 9 mars et le 15 septembre plus d’une dizaine de date de mobilisation et de grèves ont été appelé par l’intersyndicale CGT-FO-FSU-Solidaires-Unef. une manifestation nationale d’ampleur a réuni des milliers de personnes à Paris le 14 juin. On peut se réjouir de ce vent de politisation qui a parcouru le pays : le phénomène des Nuits Debouts (autour du film de François Ruffin Merci Patron) a pris une ampleur inédite que personne ne pouvait prévoir. Même si la sociologie des participants serait à analyser plus précisément les pratiques de débats et d’horizontalité des échanges ont été intéressants et ont permis à de nombreuses personnes de se réapproprier le débat politique. Mais ce rejet des formes traditionnels d’engagement (partis, syndicats, associations) a été également une difficulté pour créer du lien avec le mouvement syndical et l’apparition du cortège de tête en est une bonne illustration. Reste que des milliers de salarié-e-s ont fait grève et ont défilé, conscient-e-s du recul historique pour notre classe sociale que constituait le vote de cette loi. La majorité des Français-e-s était opposé à cette loi pour laquelle le président élu en 2012 n’avait aucun mandat.

Le retour des « jeunes »

Parti des lycées parisiens, la banlieue et notamment le 94 n’a pas été en reste. Là aussi il s’agissait pour la plupart d’entre elles et eux de leurs premiers pas dans l’engagement. Pendant près de trois semaines les cortèges lycéens et étudiants menaient les manifs. Des coordinations lycéennes (région parisienne) et étudiantes ont vu le jour. La répression policière, les pseudos concessions aux organisations dites de jeunesse et l’approche des examens ont malheureusement définitivement enterré le mouvement qui n’a d’ailleurs jamais vraiment pris d’ampleur dans les universités.

Vers une nouvelle radicalité

Face au dispositif de maintien de l’ordre sans commune mesure avec ce que nous connaissions par le passé on a pu noter une nouvelle forme de radicalité assumée au delà du cercle traditionnel des manifestant-e-s dits « radicales et radicaux ». Des groupes comme le MILI (plutôt jeunes) ont publiquement assumé cette radicalité et cette volonté d’en découdre avec les force de l’ordre, volonté partagée aussi par des étudiant-e-s, des salarié-e-s « lambdas ». Mais cette stratégie peut s’avérer être un frein à la massification des cortèges.

On bloque tout ?

L’idée d’un blocage de l’économie comme levier important dans la construction du rapport de force fait son chemin. L’appel « on bloque Tout » signé par des militant-e-s syndicaux d’horizons divers mais porté en grande partie par des camarades de Solidaires a sans doute contribué à populariser cette idée. La difficulté majeure reste d’articuler blocage d’activité par les grévistes des secteurs concernés eux mêmes. Cela a pu être le cas pour les raffineries ou les ports. Cela était moins vrai dans d’autres endroits par exemple à l’incinérateur de déchets d’Ivry où les salarié-e-s du site n’étaient pas toujours partie prenante d’un blocage initié par des salarié-e-s extérieurs. L’avenir de cet appel est posé aujourd’hui . Une réunion s’est tenue le 15 octobre pour essayer de transformer cet appel en un réseau mettant en lien les militant-e-s combatifs de syndicats différents. (CGT, CNT, FO, Solidaires, FSU, LAB)

Des freins puissants à un mouvement de grève reconductible

Un mouvement syndical affaibli

Les Organisations Syndicales (OS) n’ont pas réussi à entrainer suffisamment de pans du salariat dans la grève et dans la grève reconductible. Eclatement de plus en plus fort du salariat, individualisation grandissante et précarité accrue des salarié-e-s, difficulté d’avoir des collectifs militants combatifs sur les lieux de travail, capables de faire sortir les salarié-e-s dans la rue : la faiblesse des organisations syndicales est un facteur à prendre en compte. Ce n’est pas faute d’avoir essayé pour la plupart des OS. L’interpellation classique : les "bureaucraties syndicales ont trahi" ne nous semble pas efficiente pour ce mouvement. Certes les temporalités d’appel à la grève aurait pu être meilleurs, certes certaines OS (par exemple la CGT dans le rail) n’ont pas voulu aller résolument au combat. Même si plusieurs secteurs (bastions syndicaux historiques) ont pesé dans le mouvement en entrainant un blocage partiel de l’économie, dans les ports, les raffineries, le nettoyage, cela n’a pas suffit. Pas sur qu’un appel national, même unitaire, à la grève générale reconductible ait entrainé plus de salarié-e-s dans l’action. La faiblesse également des liens interprofessionnels est à prendre en compte. Il n’y a finalement eu que peu de territoires avec des AG interprofessionnelles efficaces et représentatives de secteurs mobilisés. Certaines AG de ville ont réuni plus de 200 personnes (St Denis par exemple) mais il s’agissait surtout de militant-e-s de secteurs professionnels différents qui se rassemblaient pour faire des actions de blocage et non pas de personnes mandatées par des AG de secteurs professionnels déjà mobilisés. Cet aspect doit nous conduire à renforcer notre implication interpro dans Solidaires sans délaisser l’intervention dans nos établissements.

La Fonction Publique à la peine

La faiblesse de la mobilisation dans la Fonction Publique a également pesé. Dans l’éducation particulièrement nos collègues ont pu être sensibles à nos argumentaires mais sans voir les enjeux concrets dans nos professions et dans la Fonction Publique en général. Ce mouvement était vécu par les fonctionnaires comme relevant uniquement du privé.

Une répression policière dissuasive

La répression policière et les techniques de maintien de l’ordre à l’égard des cortèges ont effrayé bon nombre de salarié-e-s et les ont empêché de venir manifester. Jamais la police n’avait été aussi provocatrice à l’égard des cortèges syndicaux : cortèges coupés en deux, nasses policières, utilisation de grenades de désencerclement, tirs tendus de flashball présence massive en tête de cortège dictant le tempo de la manif pour en arriver aux parcours avec fouilles systématiques à l’entrée, impossibilité de prendre le cortège en cours de route etc…Ces techniques sont utilisés depuis des années dans les quartiers populaires et dans les mobilisations type Notre Dame des Landes ou ZAD. La nouveauté réside dans la mise en place à une échelle bien plus vaste de ces techniques et dans l’utilisation de l’arsenal législatif relevant de l’Etat d’urgence pour restreindre les libertés publiques et individuelles : interdiction de manifester, interdictions préventives ndividuelles de manifester, assignation à résidence de militant-e-s etc… Les effets de la répression sont encore prégnants car bon nombre de camarades passent en procès cet automne. Ne soyons pas dupes : il s’agit là d’une volonté délibérée du pouvoir de mettre l’accent dans les médias sur la supposée violence des manifestant-e-s en tentant de diviser le mouvement social et d’isoler les contestataires du reste de la société. Malheureusement ces techniques ne font que préfigurer la criminalisation accrue du mouvement social dans les mois et les années à venir.

Tirer les enseignements au niveau local

Au niveau local dans le Val de Marne, le travail unitaire entre CGT, FO et Solidaires a été positif. (La FSU et l’UNEF n’étant là que pour la photo). Un appel unitaire à la grève reconductible a été publié en mai (l’un des seuls appels départementaux de ce type en France), plusieurs diffusions de tracts unitaires ont été faites. Dans nos villes, sur le terrain, la CGT et Solidaires dans une moindre mesure ont été les forces qui comptaient et qui mobilisaient. SUD éducation 94 a contribué fortement à la présence de Solidaires dans les villes : Ivry, Villejuif, Fontenay, Créteil, Champigny. Ce travail doit continuer et les questions interprofessionnelles doivent pouvoir être discutée plus régulièrement en AG.

Dans les manifestations les cortèges SUD éducation au sein de Solidaires ont été remarqués et appréciés. Notons que pour la grande majorité des manifs parisiennes les cortèges SUD éducation étaient bien plus fournis que ceux de la FSU. Il faut donc continuer ce travail de coordination avec nos camarades des autres SUD éduc franciliens sur les manifs interprofessionnelles comme sur les manifs FP ou éducation. Mais il faut également renforcer notre participation au Service d’ordre (SO) des cortèges Solidaires . La sérénité des cortèges est l’affaire de toutes et tous et ce n’est pas une question de gros bras... C’est cela aussi Solidaires...L’impression et l’envoi du guide du manifestant Solidaires à tous les adhérent-e-s, ainsi que l’envoi par un courriel spécifique de la dernière parution de la commission SO de Solidaires peut contribuer à cette sensibilisation.

Pour conclure nous ne pourrons porter encore plus notre pierre à l’édifice qu’en continuant de nous investir dans le travail interprofessionnel et en étoffant notre réseau militant. Cela passe par une présence constante aux réunions de Solidaires 94 ce qui est le cas aujourd’hui mais qui pourrait être renforcé par un-e troisième camarade auprès de nos mandatés pour formation, par une sensibilisation accrue de nos adhérent-e-s aux enjeux de Solidaires 94 en particulier et Solidaires en général : quelques pistes en vrac à débattre : Diffusion des notes journalières Solidaires sur vie interne, diffusion des comptes rendus de réunion mensuelle de Solidaires 94 aux adhérent-e-s SUD éducation 94, participation plus importante à la prochaine AG annuelle de Solidaires 94, formation ouverte aux adhérent-e-s sur l’histoire et le fonctionnement de Solidaires et le travail de Solidaires 94, abonnement par le syndicat à la revue Les Utopiques (revue de réflexion de Solidaire) aux camarades intéressés (une dizaine par exemple représente 200 euros).