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Reprise des cours au collège Timbaud de Bobigny, une victoire à demi-mot
Article publié le 21 janvier 2016

Mardi 21 janvier, après 11 jours de blocage, les professeurs du collège Jean-Pierre Timbaud de Bobigny ont pu de nouveau accueillir leurs élèves. Histoire d’une lutte qui n’a encore pas dit son dernier mot.

Au collège Timbaud, une nouvelle direction a pris ses fonctions depuis septembre 2014. Très vite, les enseignants ont rencontré des difficultés avec leur chef d’établissement : pressions sur les personnels précaires et titulaires, pressions anti-syndicales, difficultés à gérer des situations de crise, sanctions prises de manière disproportionnée.

Dès janvier 2015, l’équipe éducative a alerté l’Inspection Académique de ces dysfonctionnements graves et dangereux. Cette dernière a mis en place une procédure de médiation qui a échoué malgré les efforts de l’équipe enseignante.

A la rentrée 2015, la situation, loin de s’améliorer, s’est aggravée. Depuis le mois de novembre 2015, les incidents se sont multipliés, les enseignants ont de nouveau tiré la sonnette d’alarme. Devant le manque de réactions des autorités compétentes et, considérant ne plus pouvoir exercer leur mission, les enseignants ont décidé de se mettre en grève le mardi 5 janvier et de se rendre en délégation à la DSDEN. Dès le mercredi 6 janvier, les parents d’élèves se sont joints à leur mouvement en organisant le blocage du collège.

Reçus en délégation à la DSDEN, le vendredi 8 janvier 2016, la communauté éducative et les parents ont apporté des éléments et des rapports détaillés, nombreux et accablants justifiant la seule issue possible : les cours ne pourront reprendre que lorsque le Rectorat garantira le départ de la Principale du collège Jean-Pierre Timbaud.

Le mardi 12 janvier, les enseignants et les parents ont été reçus au Rectorat qui a diligenté une enquête administrative. Cette enquête a débuté l’après-midi même. Personnels, parents et enseignants ont été auditionnés. A ce moment-là seul l’audition de la Principale n’avait pas pu se faire car celle-ci était en arrêt.

La situation et les accusations étaient graves, il y avait suffisament d’informations communiquées pour prendre en compte l’urgence de la situation. Les humiliations sont récurrentes, la dernière en date étant l’injonction pour les élèves « de se mettre à quatre pattes » pour ramasser les papiers jonchant le sol de la salle d’étude, les élèves n’ont eu d’autre choix que de s’exécuter. De leur côté, les professeurs subissaient des pressions en tout genre. Certains d’entre eux sont encore choqués et révoltés d’avoir été récompensés d’une enveloppe financière en guise de « cadeau » en échange de leur « neutralité ». Nous considérions ainsi que la rectrice avait suffisamment d’éléments en sa possession pour prendre les engagements inhérents à sa position : protéger moralement et physiquement les élèves et la communauté éducative.

La volonté des enseignants était de reprendre les cours au plus vite, mais ils étaient dans l’incapacité de le faire car le Rectorat refusait de prendre en compte leur demande.

Le mardi 19 janvier, la Principale est auditionnée. Les enseignants et les parents n’ont pas plus d’informations concernant la suite. Le Rectorat ne daigne pas répondre pour recevoir une délégation . Le mercredi 20 janvier les parents font une marche jusqu’à l’inspection académique, les enseignants y participent également. Une délégation de parents d’élèves et de professeurs est alors reçu, M. Neuvial (DASEN adjoint) assure alors que la chef d’établissement ne reviendrait pas dans l’établissement durant le temps de l’enquête administrative. Cette garantie de leur part a permis aux enseignants de reprendre les cours dans un climat apaisé. Cependant, les professeurs réaffirment qu’ils seraient contraints de cesser immédiatement les cours dès lors que la principale du collège était amenée à revenir dans l’établissement.
Durant ces onze jours, l’Inspection académique et le Rectorat ont parfois frolé le mépris, à plusieurs reprise les enseignants n’ont pas été reçu. Ces lenteurs administratives auraient-elles été les mêmes si les élèves étaient des fils et filles de médecin, d’avocat, de juriste ou de ministre ? Ces parents toléreraient-ils que leurs enfants restent sous la responsabilité d’un Chef d’établissement qui leur ordonne « de se mettre à quatre pattes » pour ramasser des papiers ? Toléreraient-ils également que le chef d’établissement enjoigne les élèves à quitter l’établissement alors qu’ils étaient censés rester au collège ? Le Rectorat de Créteil traiterait-il de la même façon un cas similaire dans un collège de centre ville du Raincy ? Le Rectorat de Paris traiterait-il de la même manière les élèves, les parents et les professeurs d’un collège du seizième arrondissement de Paris ? Au jours où , l’Éducation Nationale, par sa réforme du collège, clame vouloir combattre les inégalités sociales, dans les faits elle est bien loin de se préoccuper du sort des enfants de Bobigny.