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Les suppressions de postes alarment des professeurs de lycées expérimentaux

mardi 25 mars 2008

Des professeurs des cinq lycées expérimentaux "vitrines" lancés depuis 2006 en Seine-Saint-Denis à l’initiative de Science-Po jugent "incompatibles avec la poursuite du dispositif" les suppressions de postes programmées et ne veulent pas "servir de caution à une politique suicidaire", a-t-on appris mardi auprès de plusieurs d’entre eux.
"Si nous acceptons volontiers d’être mis en avant par les institutions et la presse, nous ne souhaitons pas pour autant servir de caution à une politique suicidaire", écrivent-ils dans un texte diffusé depuis quelques jours, et signé "les équipes des lycées expérimentaux en Seine-Saint-Denis", tous en zones ZEP.
Il apparaît à ces professeurs "pour le moins paradoxal" d’être "touchés par des suppressions de postes incompatibles avec la poursuite du dispositif".
"Certes nous pouvons toujours et encore faire davantage d’heures de cours" mais "il faudra que l’Etat assume que sa jeunesse, et en particulier sa jeunesse en difficulté, soit abandonnée à des instructeurs désabusés et épuisés", poursuivent-ils.
Selon la rédactrice de ce texte, Nathalie Broux, professeur "non syndiquée" de français au lycée Jacques-Feyder d’Epinay-sur-Seine, le communiqué a été approuvé par des professeurs des lycées Renoir à Bondy, Blanqui à Saint-Ouen, Nobel à Clichy-sous-Bois et Louise-Michel à Bobigny, après avoir obtenu l’aval des professeurs réunis en assemblée générale vendredi dernier dans son lycée.
Ces cinq établissements font partie des six lycées dits "expérimentaux" (avec un lycée de l’académie de Nancy-Metz) engagés dans des pédagogies innovantes basées sur le tutorat, la pluridisciplinarité et l’ouverture aux entreprises (24 grandes entreprises sont partenaires financiers) à la suite d’une réflexion lancée par le directeur de Science-Po Richard Descoings après les émeutes de 2005.
"Notre combat n’est pas seulement celui des lycées expérimentaux", a expliqué Mme Broux à l’AFP, estimant "vraiment dangereux de jouer avec les fragilités d’un territoire comme la Seine-Saint-Denis".
"Est-il normal dans les zones sensibles de supprimer des professeurs alors même que l’on essaie de trouver des solutions pour que cela marche mieux ?", s’interroge Carole Diamant, professeur de philosophie au lycée Blanqui, "solidaire" du texte.
Elle redoute les suppressions justifiées par le rectorat au regard des prévisions démographiques en baisse dans le second degré. "On sait comment cette cuisine interne se traduit", dit-elle en expliquant qu’elle compte depuis trois ans "entre 30 et 32 élèves" dans sa classe, "contre 24 élèves en moyenne" auparavant, avant la suppression d’une de ses deux classes de Terminales.
Selon plusieurs professeurs, les suppressions de postes seraient de 2 à 5 postes selon les établissements. Le rectorat n’a pu être joint.
A la rentrée de 2007, 1.250 élèves de seconde et de première et 200 professeurs étaient scolarisés dans les 6 lycées expérimentaux, où, selon un premier bilan établi fin 2007, le décrochage scolaire et l’absentéisme auraient été quasiment éradiqués.