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Lettre ouverte des sections syndicales SNES, SUD, FO,et de la FCPE à M. Richard Descoings à l’occasion de sa venue au lycée Jean Renoir de Bondy le lundi 23 mars 2009.

vendredi 3 avril 2009

Monsieur Descoings,

Vous venez aujourd’hui, missionné par le Président de la République, dans le cadre de la consultation nationale sur la reprise de la reforme du lycée.

Nous ne participerons pas à ce que nous considérons comme un simulacre de consultation avec le représentant de M. Sarkozy. Nous tenons à vous en expliquer les raisons qui sont d’ailleurs souvent les mêmes que celles d’autres établissements visités avant nous.

La réforme voulue par M. Sarkozy et mise en œuvre par M. Darcos a déjà été discutée au cours du premier trimestre. Ses grandes lignes ont été rejetées par une grande majorité d’enseignants, de lycéens et de parents qui se sont exprimés dans la rue. Comme cela est devenu maintenant une habitude, le gouvernement, craignant une révolte contre sa réforme, a nommé un médiateur qui doit tenter quelques aménagements susceptibles d’amadouer l’opinion et de diviser les opposants pour faire passer au bout du compte ses objectifs fondamentaux.

Comment avoir confiance dans un gouvernement qui dit vouloir engager une grande réforme de l’enseignement pour en améliorer le fonctionnement et qui programme plus de 80 000 suppressions de postes dans l’Education Nationale jusqu’en 2012 dont déjà plus de 20 000 sont engagées ? L’an dernier le lycée Jean Renoir a perdu 10 postes. Pour la rentrée 2009, le Rectorat vient d’annoncer que deux postes seront supprimés à la rentrée, auxquels s’ajouteront 4 postes bloqués. Au total, le lycée perdra 130 heures d’enseignement. Dans le même temps, le ministre de l’Education annonce la création de 5000 emplois précaires aux contours non définis sous prétexte de résoudre les problèmes de l’absentéisme. Quel mépris pour les CPE et personnels de vie scolaire dont c’est le travail et les représentants des personnels tenus à l’écart !
 
Comment avoir confiance dans un gouvernement qui affirme remettre en discussion son projet de réforme et annonce en même temps qu’il va « l’expérimenter » dans 100 lycées pour lesquels il trouve tout à coup 500 postes soit 5 en moyenne par établissement ? Cela démontre bien qu’on ne peut expérimenter une réforme sans augmenter l’encadrement pédagogique qualifié, ce que nous ne cessons de dire. Pour que le dialogue s’engage sur des bases saines, il faudrait au moins qu’au préalable, les postes supprimés soient rétablis.

Nous ne sommes pas contre les réformes. Les enseignants du lycée ont largement montré et montrent toujours qu’ils ne sont pas, loin de là, hostiles à toute réforme. Certains sont d’ailleurs partie prenante de l’expérimentation pilotée par votre IEP, d’autres ont choisi de travailler en dehors. Depuis des années, ici comme ailleurs, des initiatives sont prises, les professeurs donnent de leur temps et de leur énergie pour essayer de renouveler leur manière de travailler avec les élèves
Ce qui est au cœur de nos préoccupations, c’est la volonté de ne pas sacrifier les enseignements tout en essayant de motiver le plus possible nos élèves et de leur donner les aides nécessaires à leur réussite. Nous sommes opposés à un certain type de réforme qui ne vise qu’à des économies budgétaires, au détriment de la qualité de l’enseignement.

Vous pouvez rappeler à Mr Sarkozy nos principales demandes qui ont déjà été exprimées par nos organisations syndicales :
- le rétablissement des postes supprimés et le refus de toute réforme qui se traduirait encore par des suppressions de postes, par l’augmentation des heures supplémentaires, voire du bénévolat.
- le maintien du recrutement des professeurs par un concours national assurant le statut de fonctionnaire d’État, au contraire de l’actuelle reforme contestée de la « mastérisation ».
- le maintien des obligations de service en maxima hebdomadaires ;
- le maintien d’horaires disciplinaires nationaux.
- la baisse des effectifs, principal moyen d’aider nos élèves à mieux travailler.( dans notre lycée, la plupart des terminales et des 1eres oscillent entre 30 et 35 élèves pour un établissement classé).
- le maintien de la structure classe, des emplois du temps hebdomadaires et l’introduction de dédoublements pour favoriser le travail en groupe et l’aide les élèves en difficulté. Tout soutien doit être fait par le professeur qui a l’élève en classe et connaît ses besoins.
- le retour à la carte scolaire, qui est une des garanties de la mixité sociale dans l’école de la République.
- le maintien du Baccalauréat comme examen anonyme et national.
- le renforcement de l’engagement financier de l’Etat et la fin des incitations à rechercher des financements privés source d’un de traitement inégal et aléatoire.

Nous ne sommes pas dupes de la manœuvre gouvernementale alors que le mépris affiché contre la culture et ses lieux de transmission, est total. Aucun acte officiel du pouvoir ne reconnaît les réussites de la recherche française. Depuis 7 semaines de grève dans le supérieur, on assiste même à une rupture de confiance entre les enseignants-chercheurs et notre gouvernement. Ce dernier, sous couvert de réforme, a pour objectif le démantèlement des services publics. Les projets Darcos font partie de cette politique, c’est pourquoi nous demandons d’abord leur retrait.
Nous refuserons évidemment d’expérimenter la réforme à la prochaine rentrée et nous serons dans l’action avec les élèves et les parents pour défendre un véritable service public d’éducation : le meilleur investissement qu’une société puisse choisir pour son avenir.