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LE HARCELEMENT MORAL
Article publié le 24 juin 2005

Article écrit d’après le livre de MF HIRIGOYAN

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le harcèlement moral
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Le harcèlement moral

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"Il est possible de détruire quelqu’un juste avec des mots, des regards, des sous-entendus : cela se nomme violence perverse ou harcèlement moral."

Les harceleurs

Le but d’un individu pervers est d’accéder au pouvoir ou de s’y maintenir par n’importe quel moyen. Il sait si bien falsifier sa violence qu’il arrive souvent à donner une très bonne image de lui-même. Certains individus pratiquent ainsi un clivage entre les bons et les mauvais. Il ne fait pas bon être dans le camp des mauvais. Les pervers narcissiques sont des individus mégalomanes qui se posent comme référents, comme étalon de la vérité. Ils critiquent tout le monde, n’admettent aucune mise en cause et aucun reproche. Ils entrent en relation avec les autres pour les séduire. On les décrit souvent comme des personnes séduisantes et brillantes. La force des pervers est leur insensibilité. L’efficacité de leurs attaques tient au fait que la victime ou l’observateur extérieur n’imagine pas qu’on puisse être à ce point dépourvu de sollicitude ou de compassion devant la souffrance de l’autre. Pour s’accepter, ils doivent triompher et détruire quelqu’un d’autre en se sentant supérieur. Le moteur du noyau pervers, c’est l’envie, le but, c’est l’appropriation. L’envie est un sentiment de convoitise, d’irritation haineuse à la vue du bonheur, des avantages d’autrui. C’est pour cela qu’ils choisissent le plus souvent leurs victimes parmi des personnes pleines d’énergie et ayant goût à la vie. Ce qui frappe, c’est une animosité sans borne pour des motifs futiles, et une absence totale de compassion pour les personnes acculées à des situations insupportables. La perversion fascine, séduit et fait peur. On envie parfois les individus pervers, car on les imagine porteurs d’une force supérieure qui leur permet d’être toujours gagnants. Effectivement, ils savent naturellement manipuler, ce qui semble un atout dans le monde des affaires ou de la politique. On les craint également car on sait instinctivement qu’il vaut mieux être avec eux que contre eux. Le plus admiré est celui qui sait jouir le plus et souffrir le moins. Même si l’on considère la perversion comme un aménagement défensif (contre la psychose ou contre la dépression), cela n’excuse pas les pervers pour autant. Il faut savoir qu’ils sont dangereux directement pour leurs victimes, mais aussi indirectement pour l’entourage en l’entraînant à perdre ses repères et à croire qu’il est possible d’accéder à un mode de pensée plus libre aux dépens d’autrui. Le pervers, en parlant d’un ton très docte, donne l’impression de savoir, même s’il dit n’importe quoi. Il impressionne son auditoire avec une érudition superficielle, utilisant des mots techniques sans se préoccuper de leur sens. Ce qui importe dans son discours, c’est la forme plutôt que le fond, paraître savant pour noyer le poisson. Vérité ou mensonge, cela importe peu : ce qui est vrai est ce qu’ils disent dans l’instant. Là où il excelle, c’est dans l’art de monter les gens les uns contre les autres, de provoquer des rivalités, des jalousies. De toute façon, il se met en place un fonctionnement totalitaire, fondé sur la peur, et qui vise à obtenir une obéissance passive. Plus aucun esprit critique n’est possible. Il s’agit d’annihiler, de nier toute différence. Résister à l’emprise, c’est s’exposer à la haine.
Le processus de harcèlement moral

Dans l’entreprise, c’est de la rencontre de l’envie de pouvoir et de la perversité que naissent la violence et le harcèlement. Les petites perversions quotidiennes y sont banalisées. Ce peut être simplement de l’abus de pouvoir : un supérieur se prévaut de sa position hiérarchique d’une manière démesurée et harcèle ses subordonnés de crainte de perdre le contrôle. C’est le pouvoir des petits chefs. Parfois, le harcèlement est suscité par un sentiment d’envie à l’égard de quelqu’un qui possède quelque chose que les autres n’ont pas (beauté, jeunesse, richesse, qualités relationnelles). Le harcèlement est rendu possible parce qu’il est précédé d’une dévalorisation, qui est acceptée puis cautionnée par le groupe. Un lien social se crée ainsi entre les membres du groupe dans la critique commune de la personne isolée, par des potins et des ragots. Le groupe est alors sous influence et suit le pervers dans le cynisme et le manque de respect. Il est en effet des individus qui ont besoin d’une autorité supérieure pour parvenir à un certain équilibre. Les pervers récupèrent à leur profit cette docilité et l’utilisent pour infliger la souffrance aux autres. Le harcèlement naît de façon anodine et se propage insidieusement. Dans un premier temps, les personnes concernées ne veulent pas se formaliser et prennent à la légère piques et brimades. Puis ces attaques se multiplient et la victime est régulièrement acculée, mise en état d’infériorité, soumise à des manœuvres hostiles et dégradantes. De toutes ces agressions, on ne meurt pas directement, mais on perd une partie de soi-même. On revient chaque soir, usé, humilié, abîmé. Une suite de comportements délibérés de la part de l’agresseur est destinée à déclencher l’anxiété de la victime, ce qui provoque chez elle une attitude défensive, elle-même génératrice de nouvelles agressions. Par des paroles apparemment anodines, par des allusions, des suggestions ou des non-dits, il est effectivement possible de déstabiliser quelqu’un, ou même de le détruire, sans que l’entourage intervienne. Quand il y a des reproches, ils sont flous ou imprécis, pouvant laisser la place à toutes les interprétations et à tous les malentendus. En utilisant des allusions, on fait passer des messages sans se compromettre. L’agression ne se passe pas ouvertement, ce qui pourrait permettre de répliquer, elle est pratiquée de façon sous-jacente, dans le registre de la communication non verbale : soupirs excédés, haussements d’épaules, regards méprisants ou bien non-dits, sous-entendus, allusions déstabilisantes ou malveillantes, remarques désobligeantes. C’est aussi faire courir des rumeurs... Le processus emprunte un mode particulier de communication, fait d’attitudes paradoxales, de mensonges, de sarcasmes, de dérision et de mépris. Même non verbale, même cachée, étouffée, la violence transpire et est vecteur d’angoisse. Lorsque la victime réagit et tente de se rebeller, la malveillance latente fait place à une hostilité déclarée. Commence alors la phase de destruction morale qui a été qualifiée de psycho terreur. Cela peut conduire à un anéantissement psychique ou au suicide. Dans cette violence, l’intérêt de l’entreprise est perdu de vue par l’agresseur, qui veut uniquement la perte de sa victime. Et c’est une histoire sans fin car un vrai pervers ne lâche jamais sa proie. Il est persuadé qu’il a raison, il n’a ni scrupule ni remord. Il s’agit d’une agression à perpétuité. Il s’agit de retirer à quelqu’un toute qualité, de lui dire et de lui répéter qu’il ne vaut rien, jusqu’à l’amener à le penser. La jouissance suprême pour un pervers est de faire accomplir la destruction d’un individu par un autre et d’assister à ce combat. Le processus qui se met en place ressemble à un processus phobique réciproque : la vision de la personne haïe provoque chez le pervers une rage froide ; la vision de son persécuteur déclenche chez la victime un processus de peur. Le processus circulaire, une fois enclenchée, ne peut s’arrêter seul car le registre pathologique de chacun s’amplifie : le pervers devient de plus en plus humiliant et violent, la victime de plus en plus impuissante et meurtrie. Dans une agression perverse, il n’y a aucune preuve. C’est une violence propre. On ne voit rien. Dans un contexte d’oppression, les collègues très souvent se désolidarisent de la personne harcelée par peur des représailles, et d’ailleurs, quand un harceleur s’en prend à une personne, généralement, les autres sont tranquilles et préfèrent rester discrets. Face à cette agression qu’elle ne comprend pas, la victime est seule car, comme dans toutes les situations perverses, il existe une lâcheté et une complaisance de l’entourage qui craint de devenir cible à son tour ou parfois jouit de façon sadique du spectacle de cette destruction. Le discours du pervers narcissique trouve des auditeurs qu’il arrive à séduire et qui sont insensibles à l’humiliation subie par la victime.

Les victimes

La victime est victime parce qu’elle a été désignée par le pervers. Elle devient bouc émissaire, responsable de tout le mal. La victime, en tant que victime, est innocente du crime pour lequel elle va payer. C’est un objet interchangeable qui était là au mauvais/bon moment et qui a eu le tort de se laisser séduire - et parfois celui d’être trop lucide.
La victime idéale est une personne consciencieuse ayant une propension naturelle à se culpabiliser. Les victimes suscitent l’envie parce qu’elles donnent trop à voir, elles ne savent pas ne pas afficher leur bonheur. C’est donc la puissance vitale des victimes qui les transforme en proie.
La victime n’est pas en elle-même masochiste ou dépressive. Les pervers vont utiliser la part masochiste ou dépressive qui est en elle. Le tort essentiel de la victime est de n’avoir pas été méfiante, de n’avoir pas pris en considération les messages violents non verbaux. Non seulement les victimes souffrent de leur position de victime, mais en plus elles ont honte de ne pas réussir à se défendre.
Contrairement à ce que leurs agresseurs essaient de faire croire, les victimes ne sont pas au départ des personnes atteintes d’une quelconque pathologie ou particulièrement faibles. Au contraire, très souvent le harcèlement se met en place quand une victime réagit à l’autoritarisme d’un chef et refuse de se laisser asservir. C’est sa capacité de résister à l’autorité malgré les pressions qui la désigne comme cible. Les personnes ciblées doivent en permanence être irréprochables et sans faille trop visible, sous peine de voir surgir une nouvelle attaque perverse.
La victime est de toute façon coupable, en permanence, de délit d’intention.
Les victimes ne réagissent pas par un passage à l’acte violent comme cela pourrait se produire dans la vie courante ; elles espèrent que leur gentillesse finira par trouver un écho et que leur agresseur s’adoucira. C’est toujours le contraire qui se produit car trop de gentillesse est comme une provocation insupportable. Puisqu’elle ne se met pas en faute par des réactions excessives, il ne reste que les insinuations et la médisance pour la disqualifier. La victime ne repère l’agressivité du message que lorsqu’il est devenu presque une habitude.
Le droit d’être entendu est refusé à la victime. Sa version des faits n’intéresse pas le pervers, qui refuse de l’écouter.
La victime elle-même doute parfois de ses propres perceptions, elle n’est pas sûre de ne pas exagérer son ressenti. Une personne harcelée ne peut pas être au maximum de son potentiel.
Les victimes décrivent toutes une difficulté à se concentrer sur une activité lorsque leur persécuteur est à proximité. La position défensive à laquelle est acculée la victime l’amène à des comportements qui agacent l’entourage. Elle devient acariâtre ou geignarde ou obsessionnelle. De toute façon, elle perd sa spontanéité. La victime n’est plus qu’un objet gênant dont l’identité est niée.
Les victimes savent rarement utiliser la loi, alors que l’agresseur, étant très proche d’une structure paranoïaque, saura faire les procédures nécessaires.
Par un phénomène de transfert, la culpabilité est portée entièrement par la victime. Elle est prise dans une double entrave et, quoi qu’elle fasse, elle ne peut s’en sortir. Si elle réagit, elle est génératrice du conflit. Si elle ne réagit pas, elle laisse se répandre la destruction mortifère.
Même si elles ont parfois un sentiment d’injustice, leur confusion est telle qu’elles n’ont aucun moyen de réagir.
En effet, face à un pervers narcissique, à moins d’être soi-même dans le même registre, il est impossible d’avoir le dernier mot ; la seule issue est de se soumettre. Accepter cette soumission ne se fait qu’au prix d’une tension intérieure importante, permettant de ne pas mécontenter l’autre, de le calmer quand il est énervé, de s’efforcer de ne pas réagir. Cette tension est génératrice de stress.
Cet état de stress chronique peut se traduire par l’émergence d’un trouble anxieux généralisé, avec un état d’appréhension et d’anticipation permanente, des ruminations anxieuses, un état de tension permanente et d’hyper vigilance. La victime cherche des explications logiques alors que le processus est autonome. Pour affronter tout cela, les victimes se sentent seules.
C’est en général au stade de la décompensation que les psychiatres rencontrent ces victimes. Elles présentent un état anxieux généralisé, des troubles psychosomatiques ou un état dépressif. Ces états dépressifs sont liés à l’épuisement. Les victimes se sentent vides, fatiguées, sans énergie. Plus rien ne les intéresse. Elles n’arrivent plus à penser ou à se concentrer, même sur des activités très banales.
Peuvent survenir alors des idées de suicide.
Pour diminuer le stress et ses conséquences nocives pour la santé, la seule solution est l’arrêt de travail.
Cela peut conduire à un arrêt de travail relativement long.

« Face à un pervers, on ne gagne jamais. Tout au plus peut-on apprendre quelque chose sur soi-même. »

*

Texte rédigé par Line Broccolicchi, d’après le livre de M.F.Hirigoyan, Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien. chez Pocket, (déc. 1999), dont sont issues les citations(*).

Que faire lorsque l’on s’estime victime de harcèlement ?

Tout d’abord éviter le repli sur soi et l’isolement qui empêchent de réagir.

Ensuite il convient de s’assurer que les faits sont bien constitutifs d’un harcèlement moral et ne traduisent pas une tension momentanée des relations professionnelles. Le dialogue peut s’avérer utile.

Il est impératif de réunir des preuves, dès que possible : noter par écrit tous les actes dont la répétition et la nature évoquent le harcèlement, mais surtout recueillir des preuves. Il peut s’agir de notes de services, de messages, de lettres recommandées avec AR. Le recours à des témoignages est également possible, et le témoin bénéficie d’une protection en vertu de la loi.

- B-2-6-7 À qui doit-on s’adresser ?

L’enseignant(e) subissant un harcèlement moral peut demander à l’Inspecteur d’Académie (qui a devoir de veiller à la sécurité de ses agents et dont la responsabilité est importante pour engager des actions de prévention et de protection), dans un entretien ou un courrier de faire cesser les agissements dont il, ou elle, est victime, en présentant les preuves qu’il aura réunies. Si cette action s’avère sans succès ou en cas de danger pour sa santé, il pourra être envisagé de consulter au plus vite le médecin de prévention, qui est habilité à faire usage du droit de retrait le cas échéant. Le recours à l ’assistante sociale, l’infirmière, le médecin scolaire ou le psychologue scolaire est également possible. Comme auprès du médecin traitant, des amis, des connaissances ou des collègues. Surtout ne pas rester isolé. Et bien sûr il est vivement conseillé de contacter un élu du personnel.

L’enseignant(e) peut également faire appel au médiateur académique par écrit, sans passer par la voie hiérarchique, s’il ne parvient pas à obtenir de son administration que cesse les faits.