CSA A du 2 avril 2026 ( postes )

Déclaration liminaire de Sud éducation Créteil

CSAA du 02 04 2026

Monsieur le Recteur,

Mesdames et Messieurs les membres du CSAA

Depuis plusieurs mois, SUD Éducation dénonce les choix budgétaires 2026 du gouvernement : suppressions d’emplois et blocage de toute revalorisation salariale. Ces choix ne peuvent que dégrader encore davantage un service public d’Éducation déjà exsangue.

Sans surprise, les suppressions d'emplois produisent les effets annoncés et redoutés. Depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron en 2017, le solde total s'élève à environ 13 000 suppressions nettes de postes d'enseignant.es ( il s’agit de postes budgétaires, en Équivalent Temps Plein ). On peut noter une accélération sur les 2 dernières années. Pour le budget 2026, les documents officiels affichent une "création" de 5 440 emplois d’enseignant.es. En réalité, il s'agit d'une mesure technique liée à la réforme de la formation (les stagiaires sont compté.es différemment). Il s’agit d’un "écran de fumée" car, sur le terrain, il y a bien 4 032 postes en moins devant les élèves.

Dans le second degré, où les opérations de préparation de rentrée sont bien avancées, le constat est sans appel : suppressions de divisions qui entraînent une augmentation des effectifs dans les classes, réduction de l'offre de formation, nombreux compléments de service, chantage aux moyens pour maintenir des groupes de niveau… Les vies scolaires sont particulièrement asphyxiées par le manque de moyens fragilisant toujours plus le climat scolaire des collèges et lycées. Tout montre que le second degré paye, encore, un lourd tribut aux choix budgétaires et politiques faits par le ministre et le gouvernement.

Depuis des semaines, les actions se multiplient, souvent en intersyndicale : grèves, rassemblements, actions avec les parents d'élèves, opérations collèges morts, votes contre les répartition de moyens dans les CSA et les CA....D'autres sont prévues. Tout montre donc la détermination à dénoncer des choix qui vont à rebours de la nécessaire amélioration des conditions de travail des personnels et d'étude des élèves.

Dans le premier degré, les cartes scolaires vont s’accompagner de l’annonce de milliers de fermetures de classes, avec la contrainte mise sur la création des PAS, en l’absence de moyens spécifiques. Nous refusons de nouvelles dégradations des conditions de travail et d’apprentissage dans le primaire. Nos organisations alertent déjà sur les difficultés liées au remplacement ou à l’école inclusive, que vont amplifier de nouvelles coupes budgétaires. La baisse démographique doit être une opportunité pour faire baisser de manière significative le nombre d’élèves par classe.

En effet, pour les collèges en 2025 2026, le ratio élèves par enseignant.es est de 25,8 en France, par rapport à une moyenne OCDE de 21. Le constat est clair : un. e collégien.ne français.e étudie dans une classe qui compte, en moyenne, 5 élèves de plus que la moyenne de ses camarades de l'OCDE. Pour les lycées, la situation est encore pire. Si on compare un lycéen français en filière générale à son voisin européen, il étudie dans une classe qui compte environ 7 élèves de plus.

Pour l'académie de Créteil, la rentrée 2026 marque un tournant historique. Elle subit de plein fouet les restrictions nationales.

Le ministère a acté la suppression d’environ 150

 

postes de professeurs des écoles pour l'ensemble de l'académie à la rentrée 2026.

L’académie de Créteil doit également faire face à une baisse de la DHG (Dotation Horaire Globale). À l'échelle de l'académie, la baisse de la DHG pour le second degré se traduit par une perte estimée à environ 3 500 à 4 200 heures hebdomadaires par rapport à la rentrée 2025. En Seine-Saint-Denis, malgré un statut prioritaire, le "93" perd environ 1 800 heures de dotation globale. Dans le Val-de-Marne la baisse est d'environ 1 200 heures. Il y a une dégradation du taux d'encadrement dans les collèges "hors éducation prioritaire". La Seine-et-Marne (77) est le département le "moins" impacté en volume ( moins 900 heures environ),

Plusieurs collèges du 93 et du 94 voient donc leur nombre d'heures d'enseignement diminuer, ce qui conduit à la suppression de postes de titulaires et au non-renouvellement de contractuel.les. Dans les lycées les moyens par élève stagnent, provoquant des fermetures d'options ou des classes plus chargées à 35 élèves. L'académie de Créteil affiche des taux d'encadrement parmi les plus élevés de France dans le second degré. En collège, la moyenne se situe autour de 25,4 élèves par classe. Mais dans certains établissements du 94 et du 77, il n'est pas rare de voir des classes de 6ème ou de 3ème atteindre 28 à 30 élèves, hors dispositifs spécifiques. Le Lycée Général et Technologique est le point noir. La moyenne académique frôle les 30,2 élèves par classe. En classe de Première et Terminale, les effectifs montent fréquemment à 35 élèves dans les matières de tronc commun.

L’Organisation de Coopération et de Développement Économique, dans son Cahier de politique économique numéro 13 a donné en 1996 le mode d’emploi pour la privatisation et la libéralisation des marchés. On peut y lire : « Une politique monétaire restrictive, des coupures brutales de l’investissement public ou une réduction des dépenses de fonctionnement ne font prendre aucun risque à un gouvernement. Cela ne signifie pas que ces mesures n’ont pas des conséquences économiques ou sociales négatives… ». Ou encore : «   Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population ».

Vous connaissez bien évidemment ce texte Monsieur le Recteur. Il définit une politique que tous les gouvernements ont suivie : la lente et graduelle destruction du service public d’éducation nationale au profit d’un système privé qui accueille les élèves des classes les plus favorisées, ce système privé étant financé par les impôts pour un montant de 13 milliards d’euros environ annuellement, soit 15 % du budget alloué à l’éducation nationale. SUD éducation continuera de combattre cette privatisation décidée de longue date du service public d’éducation nationale et soutiendra toutes les actions mises en place pour dénoncer et refuser les suppressions d’emplois de la rentrée 2026 et leurs conséquences : des conditions de travail de plus en plus difficiles pour tous les personnels du ministère de l’Éducation nationale dans l’académie de Créteil, de plus en plus de collègues victimes d’épuisement professionnel, de plus en plus de collègues qui voudront quitter le métier. Ce qui se passe depuis quelques années nous fait penser à ce qu’ont vécu nos camarades de France Telecom. Nous ne voyons aucun signe qui infirmerait cette analyse en ce qui concerne l’académie de Créteil.